Partager l'article ! L’enfant et son environnement familial et institutionnel: Dans le sens de la famille, D.W. WINNICOTT[1] maintient son point de vue selo ...
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Dans le sens de la famille, D.W. WINNICOTT[1] maintient son point de vue selon lequel la délinquance juvénile provient de ce qu’il a appelé « la déprivation de la vie familiale », perçue comme un défaut de l’environnement familial, dans le sens d’un défaut de contenant, d’éducation : l’acte délinquant étant pour lui « plus un S.O.S qu’une véritable maladie »[2]. Selon cet auteur, la déprivation, qui est un manque de tendresse, d’attention et de reconnaissance donne des « enfants déprivés » et développe « la tendance antisociale ».
Par ailleurs, au sujet des adolescents qui frappent les parents, il est intéressant de souligner l’étude d’une équipe grenobloise ayant fait une recension exhaustive de la littérature touchant ce sujet[3]. Les travaux montrent que les mécanismes familiaux pouvant favoriser l’émergence de cette violence des enfants à l’égard des parents, sont multiples. Ils décrivent différentes formes de fonctionnement familial capables de déclencher et entretenir la violence : parents trop libéraux, parents hyper protecteurs, enfant objet de conflits parentaux, familles de type incestuel, parents rejetant ou maltraitant.
On peut alors dire que cette violence s’alimente de la conviction que la situation faite à la communauté à laquelle on appartient est sans issue, voire une impasse. Ainsi, la défaillance des repères symboliques et la dé-hiérarchisation de tout un pan des processus d’intégration sociale engendrent l’instabilité, les comportements marginaux, la violence et l’agressivité de bon nombre d’adolescents.
Renforçant la perspective des enjeux de l’environnement familial, le sociologue M. CASTELLS dans son travail présente avec des chiffres à l’appui l’ampleur de ce qu’il appelle « la fin du patriarcat » : aux USA les ménages dits « non familiaux » ont doublé entre 1960 et 1999 passant de 15% à 20% de l’ensemble des ménages. D’ores et déjà, on peut avancer que la fonction paternelle de contrainte s’éclipse et les fondements de la cohésion familiale s’effondrent[4].
Devant l’absence d’autorité connue du père comme modèle contraignant mais aussi identifiant, c’est alors la « bande », groupe de personnes du même âge qui institue les règles de conduites, et, de ce fait se pose véritablement comme lieu de possibilités d’identification et d’affiliation. Dans la même logique, G. PIRLOT (1998) dans « L’horreur économique dans le cabinet », trouve que la fréquence de l’absence d’autorité parentale comme la précarité financière ou la perte des solidarités sociales sont des éléments explicatifs du comportement marginal.
A ce sujet, nombre de spécialistes comme les magistrats, les éducateurs, les assistantes sociales, dénoncent les effets néfastes de la précarité économique chez les enfants qui, dès 10-12 ans, commencent à entrer dans la délinquance. Ce sont des enfants livrés à eux-mêmes, ne connaissant pas les limites et dont les parents se désintéressent; la source essentielle du problème résidant dans le comportement des parents qui n’assument pas leur rôle, pour qui la caractéristique commune est la précarité de ces familles. Quand on sait que la famille peut être considérée comme une société originelle ou comme le suppose A.GRENN (1995), une matrice symbolique sociale, la consternation est grande devant la non préparation à l’intégration sociale à laquelle elle conduit parfois et à la violence, à l’individualisation13 que cela peut générer.
En plus de ces différentes approches, notre investigation a porté sur les conditions socioculturelles pouvant favoriser les situations d’instabilité, de violence et de comportements marginaux.
Dans cette perspective, G. PIRLOT[5] postule que les conditions socioculturelles : chômage, absence de perspectives et de projection dans une intégration sociale satisfaisante, le manque de « relais » politique ou syndicaux permettant de transformer la violence en discours, favorisent et maintiennent une situation de violence des adolescents. Selon Pirlot, la violence (anomique) qui en résulte est le fruit d’une société aux inégalités flagrantes, sans repères, organisée en réseaux, de plus en plus soumise aux « flux » financiers et économiques et dont les figures paternelles et étatiques en tant que principe différenciateur et de protection s’effondrent. Ainsi, la violence (anomique) des jeunes est-elle une réponse désespérée à la domination anonyme des forces économiques sur celles symboliques.
Dans cette logique, les facteurs sociaux d’anomie, de perte de sens, d’aplatissement des hiérarchies et du pouvoir de l’Etat, la prévalence de l’action, la réussite « coûte que coûte », l’indifférence à la souffrance, le mondialisme économique ont tout aboli, chacun à leur façon, les frontières, les identités, les repères culturels. Même si les facteurs sociaux très généraux sont difficilement mesurables, il existe des études sociologiques qui permettent de cerner l’influence de l’environnement social sur la violence.
Ainsi, les travaux de SHAW dès 1927 décrivaient déjà à Chicago des zones de délinquance, de sous-culture délinquante avec leurs systèmes propres en négation de celui des masses nanties, donnant à leurs membres un sentiment d’appartenance (Cohen, 1955) ou dites encore d’acculturation sociale ou transitoire, dont la fréquence délictuelle variait avec la densité de l’habitat, le niveau économique.
Pour P. KAUFMANN, toute grande institution culturelle est une représentation de notre psychisme à l’échelle de l’homme et de la société. A ce sujet l’anthropologie américaine a d’ailleurs insisté sur ce façonnement de la personnalité par la culture.
G. MENDEL[6] dans une socio-psychanalyse s’oppose en défendant la thèse selon laquelle l’existence d’une transmission socioculturelle de l’acquis conscient et inconscient permettait d’éviter la juste critique des biologistes pour qui les réactions adaptatives à la réalité ne sont pas transmissibles héréditairement.
De la thèse de MENDEL, on retient l’idée selon laquelle la culture pourrait sélectionner, dans le sens darwinien du terme, certains types de fantasmes et de comportements qui se transmettent à la faveur des institutions socioculturelles, ce qu’il appelle « le noyau anthropogène spécifique ».
La culture se présente ainsi comme un ensemble symbolique, transmis par des modes particuliers et faisant partie d’un héritage, alors que la société s’appréhende comme un ensemble complexe de fonctionnements permettant à la fois l’entretien et le développement de ce système culturel.
[1] D.W. WINNICOTT: Quelques aspects de la délinquance juvénile, in déprivation et délinquance, Paris, Payot, 1994, p. 137-144.
[2] « A la racine de la tendance antisociale, il y a toujours la déprivation », in Adolescence, p. 183
[3] A.LAURENT, J.BOUCHARLAT, A. M. ANCHISI (1997) : A propos des adolescents qui agressent physiquement leurs parents, Annales Médico-Psychologiques, 155, n° 1, p. 61-67.
[4] Sur la famille, L.ROUSSEL (1989) dans : L’avenir de la famille, La recherche, n° 214, p. 1248-1253, et dans La famille incertaine, Editions O. Jacob, 1989 souligne les statuts plus flous des membres de la famille moderne. Récemment E. Sullerot, Quels pères ? , Quels fils ? , Paris, Fayard, 1992.
13 DURKHEIM avait déjà noté à la fin du XIX ème siècle la progression de l’individualisme au sein de la famille conjugale : l’individu acquiert une physionomie propre, une manière personnelle d’agir et de penser. Parallèlement, le passage de la famille élargie à la famille nucléaire s’est accompagné d’une moindre influence du capital économique (et principalement de la terre) qui liait l’individu à son groupe d’appartenance au profit du capital culturel qui permet à l’individu de s’affranchir du poids des ascendants.
[5] G. PIRLOT : Violences et souffrances à l’adolescence, L’Harmattan, 2002, p.235.
[6] G. MENDEL (1969) : La révolte contre le père, P.B. Payot n°197.
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